«L’œil ne se nourrit pas seulement de lisibilité». Prenons Fernand Baudin au pied de la lettre. 

Comme l’esprit, l’œil a besoin de nourriture. Sans quoi il meurt. La lisibilité serait donc son pain, son riz, son mil, sa graisse de phoque, c’est selon. La matière principale de son alimentation, avec « la clarté [et] la transparence » comme condiments de base. Sel et poivre. 

 

La survie physique de l’organisme peut s’en contenter, mais ces trois caractéristiques – lisibilité, clarté et transparence – « ne suffisent pas toujours, ni à tout le monde ». Il y a bien des amateurs de régimes stricts, vegan, sans sel, sans gluten, etc. Ces ascètes à la santé rayonnante et au plaisir en berne doivent être comblés par l’Univers. En attendant la nourriture par pilules et la lecture par implants cérébraux. Interdits alimentaires et typographie « comme il faut » iraient-ils de pair ? On doit probablement trouver des fontes casher ou halal. Par prudence, bannissons les contrastes inversés pendant le Carême. Du cheval dans les lasagnes et du Photoshop dans l’argentique.

 

Ce premier numéro de Diorama, lui, est résolument épicurien. 

 

Il nous en met plein la rétine. Nous fait déguster beaucoup plus que « cinq fruits et légumes par jour ». La crise de foie pour cônes et bâtonnets. On trouvera beaucoup de choses au menu. Entre autres, les fruits tropicaux (dont certains trop mûrs) de Marcel Mrejen, les cornichons Mittel-Europa d’Annija Grīsle, les chips « hot chili » d’Alexis Cros, les griottes d’Audrey Quaranta, les bananes de Paul Andali, le krantz de Louis Brousseau, le plat de poissons de Valentin Dufeux et Camille Jacoby, glaces et chocolats de Floris Dutoit, bonbons acidulés de Claire Barrault, sauce Worcester d’Alice Savoie, le tout arrosé d’une tombée d’onde pure de James Langdon et de deux verres de rouge (Bordeaux ? Bourgogne) de John Morgan. Et une plaquette de pills effervescentes de Roxanne Maillet.

 

Bien heureusement, l’œil est moins sujet à l’indigestion que l’estomac. Du moins nous reste-t-il toujours la possibilité de se reposer un peu et de reprendre la lecture de Diorama un peu plus tard. Dès lors, plus de raisons de se priver. À consommer sans modération.

 

Bon appétit.

 

 

“The eye is not only nourished by legibility”. Let’s take Fernand Baudin at his word.

Food for thought, food for the eye. Otherwise: death. Legibility might be compared to bread, rice, millet or seal fat, as you wish. The main part of its nutrition, with “clarity and transparency’ as its main seasoning. Salt and pepper.

 

The struggle for life could be satisfied by those three characteristics. But they’re not satisfactory to everyone, or everywhere. Of course, there are people delighted by strict diets, vegan, salt-free, gluten-free, and mostly pleasure-free diets. They must love Univers,while waiting to be fed by pills and to read using brain implants. Could the prohibition of certain food be compared to a Crystal Goblet typography? One might certainly find online a kosher or halal font. Let’s be careful, and avoid reversed contrast during Lent. Feces in Ikea chocolate fudge and Photoshop in film photography.

 

This first issue of Diorama is highly epicurean.

 

The menu is long and rich. You will find here, among others, Marcel Mrejen’s tropical fruits, Annija Grīsle’s Mittel-Europa pickles, Alexis Cros’ chili crisps, Audrey Quaranta’s cherries, Paul Andali’s bananas, Louis Brousseau’s Rugelach, Valentin Dufeux and Camille Jacoby’s fish plate, Floris Dutoit’s ice creams and chocolate, Claire Barrault’s candies, Alice Savoie’s HP sauce, with a drop of pure water by James Langdon and two glasses of wine by John Morgan. Finally, a mint by Roxanne Maillet.

 

Fortunately, the eye has far less problems with digestion than the stomach. Should you be overwhelmed by such profusion, you can always take a break and start reading Diorama later. So, there is absolutely no reason not to enjoy the feast.

 

Bon appétit.