Ainsi, des hommes et des femmes se retrouvent dans les milongas de Buenos Aires. Ils sont danseurs de tangos, danseurs l’instant d’une danse ou plus, si affinités. Ils viennent accompagnés ou seuls, ils prennent leurs tickets d’entrée comme on prend son billet pour un vertige en intimité inconnue… Et chacun et chacune de pénètrer alors dans l’immense salle tamisée où l’orchestre déploie sa musique tandis que le bandonéon vient vous cueillir, et l’âme et les sens de ses accents teintés de mélancolie et d’harmonie lumineuse… L’oreille aurait-elle donc un regard ? On écoute, on voit parce qu’on écoute… Des silhouettes parfumées se meuvent au rythme de la musique, l’enivrant fait partie du voyage, les sens prennent une direction, un certain sens… Là où l’on va, c’est le pays des attirances réciproques, le sensuel au comble du trouble n’est pas qu’une simple sensation, mais bel et bien une réalité.

C’est magnifique une milonga débordante de danseurs de tangos !

Les regards des uns et des autres se croisent, s’entrecroisent, se posent comme autant d’oiseaux dans un ciel agité, comme autant de volatiles aux approches d’une île…

Malgré tout il y aura les danseuses qui feront tapisseries, qui n’auront pas trouvé le partenaire à leur goût, il y aura des danseurs qui auront tenté une approche mais qui seront éconduits. Le charme n’atteint pas toujours la cible… De là à dire que la femme est la cible de l’homme qui tient l’arc, il n’y a qu’un pas… un pas de tanguero, (danseur de tango) bien sûr !

Tout se joue au jeu des regards.

Sitôt une série de danses achevée, pendant quelques minutes, les dames regagnent leur table où elles ont pris place et ce, sur toute la longueur de la salle. Elles se donnent un répit tandis que la musique du tango reprend ses droits, elles répondent déjà à l’invitation d’un nouveau prétendant qui avait remarqué cette élégante jeune femme depuis plusieurs minutes. Les codes vont ainsi, un homme regarde une femme, avec une évidente intention, si cette éventuelle partenaire   n’est pas intéressée, elle détourne la tête, elle ne consent pas, c’est tant pis pour le monsieur... le danseur comprend qu’il n’a pas obtenu les faveurs de la dame… Peut-être y-a-t’il des tristesses qui naissent au fond des yeux de quelques-uns… Dans les milongas, la jalousie n’est pas de mise, il faut avoir compris cette règle du jeu quand on y vient danser le tango !

 

Extrait de mon futur ouvrage : 

« L’Argentine, comme une pierre précieuse 

sur la carte du monde », Guy Demaysoncel